Formation

Henri Maldiney est né en Bourgogne (à Meursault) en 1912. Il a été élevé en Franche-Comté. Cela suffit peut-être à rendre compte de son accent, mais non de la singularité de sa parole et de ce qu'on a pu appeler son « tremblement de rectitude ».
Homme de parole d'abord, Henri Maldiney n'a été l'auteur d'une œuvre écrite que tardivement. C'est à travers son enseignement, à l'Institut des Hautes Etudes de Gand puis à l'Université de Lyon, qu'il a surtout marqué des générations d'étudiants.
Il a été lycéen à Besançon, puis à Lyon, élève de l'ENS rue d'Ulm. Il a connu l'expérience de l'Oflag : de là provient son exemplaire de Sein und Zeit ! Mais comment dire une vie de travail obstiné, la formation d'une pensée qui paraît se développer selon plusieurs versants alors qu'elle se veut résolument une ?

A partir de Gand

Henri Maldiney a eu l'occasion de faire des rencontres qui furent pour lui décisives et ont été à l'occasion de fidèles amitiés. Jacques Schotte, son ancien étudiant, lui a permis de rencontrer Ludwig Binswanger et Roland Kuhn; avec Jean Oury et Tosquelles, ils ont participé aux débats sur la psychothérapie institutionnelle; Henri Maldiney a su prendre nettement position contre les thèses de Lacan; plus tard Jacques Schotte lui a permis de rencontrer Gisela Pankow et Leopold Szondi. Autant d'occasions de travailler à une anthropologie fondamentale capable, selon le titre de l'un de ses grands recueils, de Penser l'homme et la folie.

Les amis artistes

Ami des peintres, Duvillier, Bazaine et surtout Tal Coat, partageant la vie d'un grand peintre (Elsa Maldiney), Henri Maldiney a, dès l'après-guerre, travaillé avec Georges Duthuit le retrouvant volontiers près de la Sainte-Victoire. Cette proximité lui permet, selon l'expression de Jean Bazaine, de « parler peinture » - ajoutant : « comme un peintre peut en parler ».
Ami de longue date de Francis Ponge, Henri Maldiney a eu souvent l'occasion de retrouver André du Bouchet – de nombreux textes de l'un et de l'autre témoignent de leur dialogue. Dans l'un de ses récents ouvrages, François Cheng parle de son « maître et ami Henri Maldiney »; ils ont eu plus d'une fois l'occasion de vérifier la convergence de leurs vues, tant sur la peinture que sur la poésie chinoises.
Il faudrait ajouter à ces noms ceux de quelques guides de haute montagne, s'adressant à Henri Maldiney, comme à l'un des leurs. La Barre des Écrins a été un des hauts lieux préféré de l'alpiniste Henri Maldiney.

Le philosophe

Finalement, c'est au plan philosophique, que Henri Maldiney peut paraître le plus seul. Il est facile de dire de lui qu'il est phénoménologue; encore faudrait-il reprendre à sa suite la question qu'il a explicitement posée (à propos de l'art) : Vers quelle phénoménologie ? Son débat avec Heidegger, aujourd'hui encore, n'a pas de cesse. Ses véritables contemporains sont souvent les Grecs – il est grand connaisseur de leur langue – à commencer par les Présocratiques.
Pensée en marche, pensée en marge, la pensée de Maldiney est aujourd'hui reprise, traduite, par une nouvelle génération de chercheurs, tant à l'étranger qu'en France.

Présence

Mais encore, depuis l’origine, pensée capable de susciter, auprès des plus attentifs, l’écoute de son ton fondamental, transissant chacune de ses variations dans l’espace et dans le temps. En témoigne ici le large extrait du texte que Jean-Pierre Charcosset rédigeait en 1973 pour « Présent à Henri Maldiney, Lausanne, l’âge d’homme ». Qui n’a pas suivi ses cours, qui voudra saisir, sous l’écriture de Maldiney, quelque chose de sa présence, aura quelque chance de l’appréhender à travers la parole écrite de Jean-Pierre Charcosset. Si le disciple n’est pas plus grand que le maître, il peut s’égaler à lui, lorsqu’il accorde à sa voix propre « l'obstinée rigueur de la présence dans la vérité de son souci ».
La rubrique témoignages, qui sera développée progressivement, propose d’autres modes de résonance personnelle de la rencontre avec Henri Maldiney.
 Le texte de Jean-Pierre Charcosset au format PDF